Se plaire
Une fois qu’on s’est rencontrés, encore faut-il se plaire.
Pour le sociologue, l'amour est une affaire de goût et le goût c'est social.
Comment ça matche ?
L'amour comme jugement de goût
Pour accepter de former un couple avec quelqu'un Il faut produire un jugement positif sur la personne rencontrée : il faut qu’ « il nous plaise » si possible de tout point de vue (le physique, son caractère, son discours...) ou du moins du point de vue que nous valorisons le plus.
Les catégories de jugement fonctionnent en binôme (opposition des contraires) qui permettent de classer, de trier inconsciemment les « candidats ». On choisit son mari comme on choisit un livre, un ami ou une maison : par goût (et dégoût), par affinité.
Pour le sociologue le jugement amoureux est donc un jugement de goût qui est fondé, comme tous les jugements de goût, sur des catégories de perception qui sont le plus souvent inconscientes.
Complément : Les goûts et les couleurs en héritage
Pour Pierre Bourdieu, la manière de percevoir et de juger notre environnement social, est organisée en système d'opposition.
Nos goûts et dégoûts culturels font système entre eux : « le goût, finalement, c'est d'abord le dégoût du goût des autres » et notamment celui des groupes sociaux immédiatement en dessous de nous et dont on veut se distinguer. Le goût est donc intrinsèquement classant socialement.
Ces schéma de classification et de perception sont acquis dans l'enfance au sein de la famille par des mécanismes de socialisation qui les ancrent très profondément dans notre conscience sous la forme de goût et de dégoût.
Des (dé)goûts ajustés socialement
Ces catégories de perception et de jugement de goût, y compris sur le physique, varient d’un milieu à l’autre et d’un sexe à l’autre et vont produire des appariements entre individus de milieux sociaux déterminés.
Tout ceci aboutit à des jugements de type moral, psychologique ou intellectuel sur les individus, qui dessinent, mais de façon indirecte, les oppositions d’un espace social [1]
Exemple : Femme belle apparence cherche homme avec de la prestance
Les femmes de professions intermédiaires du privé (secrétaires de direction, comptables, rédactrices d’assurance, dessinatrices) sont celles qui sont les plus attentives à leur silhouette, qui doit être svelte, et à leur apparence (maquillée, coiffée).
Or ce canon de beauté (grande, mince, blonde aux yeux bleus) est plus apprécié par les cadres hommes du privé.
Par ailleurs ces femmes sont plus souvent sensibles à la prestance et l'assurance sociales qu'elles trouvent chez ces mêmes cadres du privé.
Ainsi les cadres hommes et les femmes de professions intermédiaires dans le pôle privé vont avoir tendance à se « choisir » mutuellement.