Amour et arrangements matrimoniaux
Une première idée reçue concernant le choix du conjoint est que, si aujourd’hui on se marie par amour, autrefois, on se mariait par intérêt, sans amour. Donc amour et arrangements matrimoniaux seraient des pôles irréconciliables.
En s’appuyant sur des sources écrites, des registres administratifs, des témoignages historiques, ou des peintures on peut essayer de montrer que tout n’est pas si simple.
Méthode : Des indicateurs statistiques de l'amour ?
Le nombre d’enfants illégitimes (enfants conçus hors mariage) et de conceptions prénuptiales (enfants qui sont conçus avant que les parents ne se marient) sont le signe de relations sexuelles entre les jeunes gens avant le mariage.
Ces chiffres sont très faibles du milieu du milieu du 17ème au milieu du 18ème, puis remontent ensuite fortement à partir de 1750.
Méthode : Des données ethnographiques de l'amour ?
Les curés de campagne rapportent l'existence de « rituels de fréquentation » amoureuse entre jeunes gens dans certaines régions : le maraîchinage[1] dans la région vendéenne et le kiltgang[2] en Suisse (sans doute du mot « kilt » qui voulait dire « retrousser »).
La déclaration amoureuse et, une certaine forme de relations charnelles étaient autorisées et organisées sous la surveillance de la communauté villageoise.
L'image montre deux couples s'embrassant passionnément dans une ruelle sombre, créant une atmosphère à la fois intime et clandestine.
On peut faire l’hypothèse que la place de l’amour dans le choix du conjoint variait selon les régions et les coutumes de transmission du patrimoine.
Dans les régions sur le modèle de l'héritage inégalitaire comme en Bretagne, le choix du conjoint avait un caractère très stratégique pour les familles :on laissait donc peu de choix.
En revanche, dans l’Est ou en Savoie, rien de tel : les familles ont un patrimoine plus équivalent et le système familial peut s’accommoder d’un choix personnel.
Néanmoins la liberté totale n'existe pas : il s'agit plutôt de l'ouverture relative d'un espace des possibles, réservé à un certain moment du cycle de vie, avant le mariage.
